La créature de Löw (I)

Je tiens à avertir ici tous les lecteurs, vous vous apprêtez à lire ici une histoire terrible, que j’ai tue pendant de trop longues années. Une histoire dont j’ai honte et que je me suis toujours refusé à raconter. Depuis tout ce temps, je me suis efforcé de l’occulter, qu’elle se cantonne simplement à un sombre recoin de ma mémoire. En vain, pas un seul jour n’a passé sans qu’elle ne revienne me hanter insidieusement et qu’elle ne continue de m’effrayer. Alors que mes forces m’abandonnent petit à petit et que je sens la mort approcher à grands pas, le besoin de la confesser se fait trop fort. Par pitié, vous qui me lirez, ne me jugez pas trop durement. Je n’ai fait qu’obéir à mes instincts et j’ai passé ma vie, ma vie entière, à essayer de rattraper mes multiples fautes. Enfin, trêve d’introductions, je vous livre maintenant mon récit et me soumets entièrement à votre jugement.

Tout cela remonte à l’époque où j’étais étudiant, dans les dernières années de ma scolarité. Cette période privilégiée, juste avant d’entrer pleinement dans cette pénible vie d’adulte faite de frustrations et de compromis, quand on a la prétention de croire que tout est encore possible et que rien ne peut vous arriver. Sombres présages… Élève moyen et sans histoire, je devais accomplir afin de compléter mon cursus un séjour de 6 mois à l’étranger. Lors, ignorant et désirant paraître aventureux, je me lançais à la conquête de Prague, me basant uniquement sur le nom de cette ville qui résonnait si harmonieusement à mes oreilles. Prague et les promesses de l’Est inconnu, le vent soufflant de la Sibérie, les femmes belles, mystérieuses et insoumises et autres billevesées. Seulement, ce n’était pas à Saint Petersbourg que j’atterris, mais bien dans ce pays jouxtant l’Allemagne et la Suisse, en pleine Europe Centrale. Et pour ce qui est du froid polaire, l’été y est plutôt chaud. Je fus légèrement déçu quand je me rendis compte que la métropole n’avait rien à envier à Paris niveau modernité. Cependant, après une courte période d’adaptation, je fus tout à fait charmé par l’atmosphère et l’ambiance m’environnant.

Un voile de mystère flottait indubitablement sur la ville. Mes pérégrinations m’avaient mené d’un bout à l’autre du centre et je m’y enfonçais tant que mes jambes me portaient. Je connaissais tous les pavés sous mes pas, j’observais toutes les façades, je décryptais chaque nom, chaque lieu, chaque place, chaque bâtiment. Dans ces moments-là, je ne faisais plus qu’un avec la ville, je me fondais dans ses rues comme un amant ferait tendrement l’amour à sa compagne. Je glissais langoureusement sur ses attraits et l’admirais sous toutes ses coutures, l’embrassant de tous mes sens. Cherchant l’aventure, j’avais débuté une liaison dangereuse, m’unissant sans détour avec ma nouvelle maîtresse. Même épuisé, attablé dans un des nombreux pubs qui bordent la cité, mon esprit ne cessait de vagabonder et de façonner mille histoires différentes sur les murs m’encerclant. Personne ne m’accompagnait lors de mes orgies pédestres, mais je ne me sentais pas seul. J’avais avec moi tout un dédale de ruelles, une symphonie de maisons et d’immeubles, et les voix des autochtones ne cessaient de m’encourager dans un langage pourtant bien abscons. La fierté de connaître cet endroit mieux que la plupart des habitants m’envahissait et j’eus la faiblesse de croire que Prague la Belle m’était désormais soumise…

prague_vue_panoramique

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