Musique

L’atmosphère était moite. De fortes odeurs de transpiration, de cigarette et de marijuana envahissaient la vaste salle. Impossible de savoir quelles en étaient les foyers exacts, il semblait que tout en était imprégné. Cela ne faisait qu’augmenter l’impatience de la foule, venue là pour son groupe favori, eux, les seuls génies de notre époque. La première partie fut vite et savamment expédiée par des musiciens qui savaient. Ne pas s’appesantir, faire – encore – monter la température et surtout ne pas en rajouter. L’acoustique approximative ne leur permettait de toute façon pas d’étaler leur science comme ils l’auraient souhaité, cela était palpable. Les lumières s’étaient rallumées et la salle à présent comble se laissait contempler. Des gens de tous horizons, enfin de ceux prêts à payer le billet, trépignaient et n’attendaient que le début du show. La masse se déplaçait inconsciemment vers la scène, les corps se rapprochaient et les couches se faisaient de moins en moins épaisses. Les techniciens livraient un étrange ballet pour installer tous les accessoires du groupe vedette et montaient sur les échafaudages pour les ultimes réglages des lumières. Tout s’annonçait grandiose.

Je me demande depuis toujours d’où vient cette attirance pour la musique: qu’est ce qui fait que nous sommes sensibles à ce qui n’est au final que des sons ? Pourquoi, comment une simple mélodie peut-elle nous mettre en joie, ou au contraire profondément nous déprimer ? Quels sont ces mécanismes qui nous poussent à vibrer, nous entrainent à danser ? Notre mémoire associe bien souvent un moment particulier de notre vie, des souvenirs précis à une mélopée particulière et la nostalgie resurgit quand on l’entend de nouveau. Outre le matraquage que l’on peut subir lors de la sortie du dernier tube du dernier coup marketing en date et le déterminisme lié à l’enfance et l’éducation, il semble indéniable que chacun développe ses propres goûts en matière de musique et rares sont les morceaux à faire complètement l’unanimité. Quelques symphonies de Beethoven, des pièces de Mozart, les Beatles dans une moindre mesure, mais c’est bien tout. Et encore, il se trouve toujours des détracteurs, dont je fais bien souvent partie, pour n’importe quelle production. Le mystère me paraît entier et continue à me fasciner.

Les musiciens daignèrent enfin apparaître et une immense clameur salua leur entrée. Elle atteignit son apogée quand le chanteur, vedette malgré lui serait-on tenté de dire, se présenta aux yeux de tous avec quelques pas de danse si caractéristiques. Lotus Flower fut la première track d’un spectacle mémorable. Radiohead dans toute sa splendeur même si le son ne fut pas toujours à la hauteur de leur talent. Cela faisait 4 ans que je ne les avais vus se produire en live. C’était ma quatrième fois et malgré cette maigre expérience, toujours la même émotion et ce sentiment ambivalent de communier avec une bande d’inconnus dont on ne connait que la musique. La suite fut énorme, un tube succédait à un tube et tous les styles y passèrent, de simples solos au piano légèrement accompagnés d’un fond de batterie et d’une ligne de basse minimaliste, bercés par la voix de Thom Yorke, à de la furieuse Drum & Bass, le tout baigné dans un visuel à couper le souffle. Du rock, comme à leur début, pour terminer, la reprise de Paranoid Android en guise de point d’orgue du premier rappel et un final… J’ai cru, tout le long, que nous n’y aurions pas droit. Mais si, comme lors de leur précédente tournée, Everything in its right place enchainé par Idioteque. Et la salle de se transformer en une immense piste de danse, où chacun essaye de bouger dans le maigre espace qui lui est alloué et ne comptant pas ses applaudissements et ses cris à l’adresse du groupe. L’apothéose fut grandiose et 2H30 s’était écoulées depuis leur entrée. Cela aurait encore pu durer, la foule ne demandait que ça. Cependant, tout le monde avait l’air rassasié et heureux d’avoir eu l’occasion de pouvoir partager cette expérience et les avoir vus. Le sentiment de faire partie de gens privilégiés, d’avoir assisté à quelque chose d’exceptionnel envahissait peu à peu les conversations à mesure que la salle se vidait, épuisée par une telle débauche d’énergie.

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