Pipeline Baby Cake (Partie 1)

Six mois que l’heureux évènement était arrivé. Six mois de bonheur pour Margaux et Nicolas à pouponner Luca, leur premier enfant. Quelle gueule d’ange ce môme, un bonheur de 5kg tout rond, 60 cm de grâce, un sourire ravageur (comme son père) et des yeux ensorcelants (comme sa mère). Tout filait pour le mieux. Rien n’entravait cette marche dans l’allégresse. Une famille unie, propre sur elle, sans histoire, épargnée par les désagréments de la vie. Lui, ingénieur télécoms, elle, comptable dans la finance. A l’abri du besoin pour un moment, aucune source d’inquiétude pour ce jeune couple. C’est bien simple, la Fortune leur souriait, une place à la crèche du quartier venait de se libérer pour leur bambin (et les parents savent à quel point ces places sont chères).

Une famille sans histoire, juste dans le bonheur, touchant non ?

Et pourtant, un mois à peine après y avoir inscrit Luca, le cycle des évènements commença à prendre une drôle de tournure : « Allô Monsieur Nicolas Cacol, oui bonjour, c’est la crèche, oui, non rien de grave, votre fils n’a rien, enfin … disons plutôt que lui n’a pas grand chose, c’est les autres enfants, il s’est passé quelque chose. Je ne peux pas vous en dire plus au téléphone, c’est assez gênant, passez le prendre dès que vous pouvez, oui, non, c’est n’est pas urgent mais passez, il faut que l’on discute« . Sur ces mots, la dame aux enfants raccrocha, laissant perplexe notre ingénieur plutôt habitué aux choses droites et sans accroche qu’au mystère sans fondement.

« Allô, euh .. oui, Margaux, c’est Nico, bon t’es pas là … ce satané répondeur, bref, je fais vite, la crèche a appelé, il se passe quelque chose avec Luca, apparemment rien de grave mais je prends mon après-midi, je vais le chercher, je te tiens au courant dès que je suis avec lui, je t’embrasse. »

Inconsciemment, Nicolas prit des risques insensés sur la route, manquant d’accrocher plusieurs bagnoles alors qu’il tentait vainement d’accrocher un semblant  de réponse à ce coup de fil énigmatique. En mois de 10 min il avait fait cinq bornes dans Paris (True Story).

« Oui bonjour, je suis le père de Luca, on m’a appelé y’a vingt minutes, apparemment mon fils a des problèmes avec les autres enfants »

_ « Oui, c’est moi qui vous ai appelé. En effet, votre fils pose problème. Venez dans mon bureau, nous serons mieux pour en parler ».

_ Mais qu’a-t-il donc pu se passer ?, pensa en lui-même le père inquiet.

_ Rassurez-vous, il n’y a pas mort d’homme. Je vois que vous êtes inquiet mais détendez-vous, votre fils va bien. Si je vous ai fait venir, c’est parce que la situation devient incontrôlable. Ça fait un mois que votre fils est là et depuis deux semaines, il n’arrête pas de … comment dire ça…

_ Dites le simplement, si ce n’est pas grave, allez y.

_ Et bien voilà, votre fils n’arrête pas de déféquer.

_ Jusque là je ne vois pas le problème, c’est un enfant de sept mois, rien de plus normal, enfin je crois.

_ Certes, mais là les proportions deviennent tout bonnement hors norme. Des kilos Monsieur Cacol, des kilos d’excréments. Nous avons du le changer de pièce tellement il empestait la salle commune, les autres enfants pleuraient sans s’arrêter, déféquant à leur tour. Vraiment incroyable monsieur, comme si les selles de votre fils provoquaient celles des autres. Comprenez bien qu’en l’état, nous ne pouvons le garder. Nous ne sommes malheureusement pas équipés pour cela : d’une part pour l’isoler des autres et aussi et surtout pour le nombre de couches qu’il consomme. Et les salariés de la crèche ne veulent plus s’en occuper. Je suis désolée Monsieur Cacol mais vous allez devoir reprendre votre fils.

_ Vous n’êtes pas sérieuse, je n’ose croire que mon fils chie autant que vous le dites ! Et puis nous n’avons rien observé de particulier avec mon épouse.

_ Ne vous énervez pas Monsieur, cela ne sert à rien. Quoiqu’il en soit et bien que cela soit circonscrit à la crèche, nous ne pouvons continuer à nous occuper de votre fils. Le règlement m’autorise à vous le remettre et puis bon, venez voir par vous même, vous serez fixé.

La directrice de la crèche accompagna un Nicolas dubitatif voir son gamin. Mais comment peut-on renvoyer un môme pour son caca, « ça n’a pas de sens » se dit le père complètement dépassé par cette situation ubuesque.

La traversée du long couloir de l’établissement lui titilla doucement les narines. Regardant de part en part dans l’entrebâillement des salles ouvertes, il voyait les employés portant un masque sur le visage, de ceux que portent les japonais flippant des maladies. L’improbable commençait à prendre forme et son esprit cartésien à la perdre. Au bout du couloir ils s’arrêtèrent devant la dernière porte, close celle-ci. La directrice le regarda pour lui faire comprendre qu’ils y étaient, qu’il fallait se préparer à entrer…

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. petrucciu dit :

    Que de caca ! De la grande littérature.

  2. Beboper dit :

    J’adore. Sobre, direct, cruel.

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