Circonvolutions

Pour le énième fois de mon existence, me voilà pris de délirantes bouffées d’amertume grandiloquente. Phrase bateau pour commencer un texte qui va sévèrement tanguer dans les tréfonds de mon âme torturée.

Bientôt la trentaine et cette impression que le cycle se répète. Nouveau boulot, le troisième en 6 ans, un nouvel appart’ qui devrait suivre et déjà l’envie de tout plaquer. Bosser en costard pour des connards, permettre à des salopards d’entrepreneurs de toucher de l’argent public pour des projets qui ne tiennent pas la route et supporter ces discussions futiles et inutiles dans un bureau impersonnel. Ça fait rêver, non ? Le tout place de la Madeleine, le royaume des gens importants, toujours bien sapés et le portefeuille bien garni. Des collègues sans âme et sans profondeur,  contents de toucher leur salaire et de goûter à leur petite sécurité d’un emploi en CDI. Ah ! Voilà que j’enrage à nouveau ! Moi, ce petit être insignifiant qui ne vaut pas mieux qu’eux, moi qui les côtoie tous les jours, moi qui me mêle à leurs élucubrations sans fin, moi qui pousse cet amas informe et puant de chair humain pour entrer dans ce satané train du matin qui me permettra de ne pas arriver en retard. Tout comme eux au final ! Foutaises et balivernes, je me plie au moule, je me fais beau et je passe pour le parfait petit employé moderne, celui qui a un peu d’ambition mais pas trop, juste ce qu’il faut pour monter en grade, à mon rythme, sans brusquer mes supérieurs par des dents qui rayeraient ce parquet délavé. Rien ne me différencie d’eux, je suis sur qu’ils rêvent également, une fois la journée finie et après avoir sué 3 litres d’eau sur cette chaise où nous sommes tous assis, de me trucider et de me faire payer ma présence à leurs côtés.  Pas d’autre choix que de se haïr mutuellement, c’est bien humain et cela rend la pilule un peu moins amère.

La violence de mes propos est soigneusement mesurée. Elle est encore assez faible, cela va empirer avec le temps, le travail, les contraintes et la fatigue. Je n’exprimerai jamais ma rage ouvertement, pas à mon lieu de travail du moins. J’essaierai le plus longtemps possible de montrer mon visage le plus lisse, le plus insignifiant qui soit. Les ennuis viendront bien assez tôt pour ne pas que je m’en crée de nouveaux et, qui plus est, superflus. Simplement, je fais partie d’un système que j’exècre comme bon nombre de mes concitoyens, tous ceux qui n’ont pas de vocation ou les moyens de l’accomplir, tous ceux qui se demandent tous les matins pourquoi ils perdent leur temps à répondre à des mails, à des coups de téléphone, qui encaissent sans mot dire les extravagantes exigences de leur patron. Je me suis lancé dans ce nouveau cycle, c’est déjà un petit miracle que j’ai pu trouver un job à cette période, faut pas trop cracher dans la soupe non plus. Je me donne 2 ans. 2 ans avant de tout envoyer péter, d’envoyer tout le monde se faire foutre comme j’ai déjà pu le faire auparavant. 2 ans à souffrir en silence en encaissant ce maudit car nécessaire chèque à la fin du mois. 2 ans à guetter la moindre opportunité qui pourrait se révéler, 2 ans pour enfin trouver cet eldorado qui comblera mes prétentions. La vie n’est pas professionnelle. J’ai d’ailleurs en horreur cette expression, « vie professionnelle ». On ne parle jamais de « mort professionnelle », de ces arrogants petits négriers qui terrorisent leur cheptel et qui ne mériteraient qu’une balle dans la nuque pour nuisance à autrui.

J’entame néanmoins cette nouvelle circonvolution, cette répétition de mes échecs précédents avec plus de force et de certitudes que jamais. C’est un mal nécessaire pour sortir de ce système, le dernier rappel avant les adieux définitifs à la scène professionnelle. De nouveaux espoirs se sont fait jour, même si je continuerais à mépriser mes collègues pour leur lâcheté égale à la mienne. Mes insomnies sont toujours aussi douloureuses mais pour d’autres raisons. L’échine courbée, je ne fixe plus lamentablement mes pieds et distingue maintenant l’horizon. Le parcours est encore semé d’embûches mais la sérénité m’envahit. Je suis prêt à m’y confronter et même à échouer. Mieux vaut ça que de se complaire dans d’infinies « si seulement » ou autres « pas de chance ». Mes désirs sont toujours flous mais ma volonté se raffermit de jour en jour, d’heure en heure passée dans cette infâme pièce avec des gens que je ne connais pas et ne veux pas connaître. Peu m’importe d’insulter mon patron au détour d’un repas fabuleux, peu m’importe la reconnaissance de mes collègues. La spirale a enfin commencé et je dérive peu à peu de mon orbite.

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