Ces soirées là II

« Faut que je file, on se voit plus tard. »

Et Sandrine de lui claquer un gros smack en s’appesantissant de tout son poids sur son torse. Philippe entendit la porte de son appartement claquer. Il était enfin seul ! Toujours nu dans son lit, il se demandait bien ce qu’il venait de lui arriver. Encore tout endolori, il se dirigea vers les toilettes soulager sa vessie pleine et essaya de remettre de l’ordre dans ses pensées. Un mal de crâne lui vrillait le cerveau et il sentait que son haleine aurait pu dégoûter la mort elle-même. Un 38 tonnes semblait lui être passé sur le corps. Tout d’abord, cet apéro prolongé chez des potes. De l’alcool, beaucoup d’alcool, trop d’alcool. Bière, rhum et tequila locale pour finir. L’acidité de ses renvois et l’état de son estomac confirmèrent à Philippe qu’il en avait grandement abusé. Le schéma ne faisait que trop se répéter ces derniers temps. Une semaine ennuyeuse et frustrante au boulot, une irrépressible envie de se la foutre une fois le vendredi atteint et des discussions barbantes pour commencer la soirée. Dans ces cas là, Philippe ne voyait qu’une seule échappatoire: boire, boire et encore boire. Sauf que hier soir, il était tombé sur de sérieux concurrents et, malgré son entrainement, il ne pouvait suivre la cadence sans quelques dommages collatéraux. Il se souvint des premiers regards que lui avaient lancé Sandrine et il ne put s’empêcher de se maudire. Quel idiot ! Cela faisait plusieurs mois qu’elle le draguait plus ou moins ouvertement et l’allumait d’une façon éhontée chaque fois qu’elle en avait l’occasion. 95 kilos pour 1m60, brune aux yeux marron et aucun charme. Bavarde comme pas 2, elle ne manquait jamais de lui faire comprendre que tout ne dépendait que de lui, et cela depuis leur première rencontre. Elle voulait absolument « rencontrer quelqu’un » et à la façon dont sa mini jupe remontait sur ses cuisses quand elle s’asseyait en face de lui, il se doutait qu’il n’aurait aucun problème à être ce « quelqu’un ». Pendant longtemps, il s’était efforcé d’éviter toute situation compromettante, de ne lui donner aucun espoir. Mais hier, après de très longs mois sans aucune activité sexuelle, il avait fini par craquer.

 « T’es bien sur que c’est ce que tu veux ? Que tu ne vas pas le regretter demain ?»

 De l’eau, il avait absolument besoin d’eau. Sa démarche était encore mal assurée et il se laissa tomber sur son canapé, un grand verre à la main. Sa fébrilité n’avait d’égal que le dégoût qu’il avait pour lui même et la faiblesse de sa chair. Pourtant, ce n’était pas la première fois qu’il était bourré à une soirée, et pas la première fois qu’elle lui faisait du rentre dedans. Mais hier, il avait cédé. Quand est ce que tout avait dérapé ? Il avait senti toute la concupiscence aux premiers regards échangés alors qu’il devenait passablement soul et qu’elle se rapprochait de lui. Il lui avait fait la conversation, sans plaisir mais avec amusement, essayant de sentir jusqu’où il pouvait aller. Il se rappelait qu’elle l’avait encouragé à boire, le provoquant même là dessus. Il s’était fait avoir comme la première des gonzesses ! Les shots de tequila s’étaient enchainés et tout devenait plus ou moins flou pour une partie de la soirée.

 « Déshabille toi alors, j’ai très envie de toi. »

 Une fois que tout l’alcool fut liquidé, ils étaient tous partis en boite. Sandrine le collait pendant tout le chemin, lui prenant le bras pour ne plus le lâcher du trajet. Sa résistance le quittait peu à peu. Il se demandait encore comment le videur les avait tous laissé entrer alors qu’ils étaient dans un état pathétique. Philippe n’était pas le pire, loin de là. Une fois à l’intérieur, ils avaient bien entendu perdu les autres de vue. Pourtant, un groupe de 12 alcooliques, ça se remarque aisément. Mais Philippe n’était plus en état de penser quand Sandrine le forçait à danser collé serré tout en l’aguichant. Il finit par mettre fin à ce manège pour aller commander une bière tandis qu’elle continuait au whisky sans coca. Il remarqua alors que le reste du groupe était tout simplement posé, une partie les observant d’un air narquois et moqueur, se doutant bien de ce qui se tramait, les autres occupés à boire. Un s’était déjà endormi sur la table. Elle ne le lâcha pas d’une semelle, il s’en souvenait assez nettement. Il tentait d’échapper à sa compagnie, essayant par tous les moyens d’établir une conversation censée et soutenue avec n’importe qui d’autre, mais elle revenait inlassablement à la charge, l’interrompant et le questionnant sur sa vie sentimentale. Trop bourré pour se rendre compte de son stratagème et y mettre fin, il lui avait répondu même s’il n’y avait pas grand chose à dire.

 « Mets la moi, j’aime la sentir bien au fond ! »

 Il avait voulu partir, il ne supportait plus sa présence, la musique inaudible car trop forte, cette ambiance délétère. Il souhaitait être seul et s’écrouler dans son lit, oublier cette soirée. Malheureusement, il était bien trop soul pour rentrer seul sans se péter la gueule dans les escaliers et pour retrouver son chemin. Philippe était comme perdu au milieu de la piste, s’agrippant à Sandrine pour ne pas tomber. Elle se proposa de le raccompagner, au moins jusqu’à la rue principale et il ne put que capituler devant une telle abnégation. Elle ne voulut pas laisser penser qu’elle avait remporté la victoire et laissa ses affaires dans la boite, faisant confiance à ses amis pour les surveiller le temps de faire l’aller retour. Désormais dans l’impossibilité de se mouvoir sans une présence pour le guider, ils partirent ensemble, bras dessus bras dessous. Philippe aurait simplement pu profiter de sa gentillesse et se laisser raccompagner, mais il l’embrassa sitôt sorti et lui proposa de venir chez lui.

 « T’as pas de la vaseline ? »

 Les choses s’enchaînèrent alors très vite. Arrivés dans son appartement, elle s’était jetée sur lui sans qu’il ait eu le temps de dire ouf. Après quelques questions pour la forme, tout avait dérapé. Ce matin encore, il avait la désagréable sensation d’avoir participé au tournage d’un mauvais film de cul. Ah ça, elle n’avait pas ménagé ses efforts. Mais même à 3 grammes, cela ne l’avait pas du tout mis à l’aise, bien au contraire. Et son piaillement continu, ses mots crus et obscènes l’avaient profondément gêné.

 « Ça fait longtemps que t’as pas eu de copine ? Et de plan cul ? »

 Le réveil fut extrêmement douloureux. Elle était en forme malgré la dose d’alcool ingéré et elle ne pouvait tenir en place. Son bavardage continu ne faisait qu’amplifier le mal de tête de Philippe. Sandrine s’était gentiment moquée de ses lectures, qui pouvait encore lire Baudelaire de nos jours ? Cela en fut trop et il dut se résoudre à remettre le couvert pour enfin la faire taire. Putain de cuite ne put-il s’empêcher de penser pendant qu’elle avait enfin la bouche pleine. Elle voudrait le revoir et elle connaissait son adresse. Un puissant malaise l’envahit alors qu’il se sentait complètement nauséeux. Si seulement il avait résisté. Si seulement il l’avait rembarrée. Mais non, c’est lui qui avait pris l’initiative. Il se maudissait. Philippe, honteux et confus, jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

 

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. petrucciu dit :

    J’aime quand tu touches le fond.

  2. MiChouX dit :

    Pas mal ! j’aime bien le style mais je crois qu’on aurait pu se passer de l’histoire de vaseline…

  3. JadeSavage dit :

    Tu crois que c’est le karma qui s’est retourné contre lui pour le punir de s’être fait rincer par une gonzesse la fois d’avant…?
    Là encore, c’est crédible, bien esquissé, la style d’origine est conservé et on apprécie les petites phrases salaces en mode flash back. Après tout c’est dans les infimes détails qu’on estime l’imagination d’un auteur…
    A quand le troisième acte?

  4. rencontrebeurettes dit :

    Superbe cet article, très enrichissant pour un débutant comme moi 😉

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