Meredith

Meredith s’avança jusqu’à la baie vitrée dont était pourvue son bureau. Du haut du 124ème étage, elle se laissa aller à la contemplation de Manhattan et se remémora tout le travail accompli depuis qu’elle travaillait à la GS Investment. Les derniers résultats venaient de lui parvenir et ils étaient bons. Très bons. Trop bons même. Elle se demandait jusqu’où elle pourrait aller. Après avoir mis plusieurs pays à genoux, fait vaciller l’Europe et tenant le Japon sous perfusion, elle avait ordonné de faire main basse sur le maximum de matières premières. Cette opération était une complète réussite, réalisée avec une facilité déconcertante. Ses concurrents sur les places boursières n’y avaient vu que du feu et elle avait maintenant en sa possession toutes les richesses du globe. Sous le couvert de la banque, elle détenait les principaux conglomérats de matières premières et d’extraction. Le moindre café serait maintenant taxé par la GS. Idem pour le sucre, l’aluminium, le silicium, le bois et bien d’autres choses encore. Meredith contrôlait le monde et un léger frisson la parcourut. Cette fille de classe moyenne s’était élevée jusqu’à devenir la personne la plus puissante. L’argent ne l’intéressait pas, malgré le fait qu’elle en possédait à ne pas savoir qu’en faire. Seul le pouvoir comptait et maintenant ils allaient tous lui manger dans la main. Elle exaltait. Toute décision politique serait soumise à son approbation, elle pouvait faire et défaire des présidents, le congrès serait à ses pieds. Que ces pantins continuent leurs gesticulations, elle n’en avait cure. Tapie dans l’ombre, elle donnerait des directives pour faire taire ou hurler un tel ou un tel afin que le peuple, cette frange misérable, ce ramassis d’idiots, croit encore détenir un semblant de pouvoir.

Elle sonna son assistante et lui commanda un bloody mary pour célébrer sa victoire. Cette dernière parut surprise de cet ordre, Meredith avait pour habitude de ne boire que très peu d’alcool et toujours lors de réceptions d’où elle ne pouvait se dérober. Mais on ne devient pas maitre du monde tous les jours et dans le plus grand secret. Les ordres d’acquisition étaient encore très floue pour le CEO de la banque, qui après les différents succès de Meredith, lui laissait maintenant le champ libre. John Goodman n’était toujours pas au courant que sa banque possédait désormais toutes les richesses du globe et que la GS pouvait en user comme bon lui semble. Elle devrait aller lui rendre compte de la situation assez rapidement, afin qu’elle puisse continuer à exercer un contrôle sur cet homme qui terrorisait tout le monde, sauf elle. Son statut était vraiment particulier, beaucoup d’employés de la banque ne connaissaient pas ses véritables fonctions et se demandaient bien ce que que pouvait faire cette femme dans son immense bureau, située à l’étage juste en dessous du directeur. Elle prit le temps de savourer son cocktail et revérifia une ultime fois le rapport. Aucun doute n’était possible et le secret restait total. Son téléphone aurait déjà sonné si quiconque avait eu vent de ce qu’elle tramait. Personne n’avait seulement rêvé d’une telle opération. La « crise », elle se gaussait à chaque fois de ce terme, lui avait permis de camoufler ses tractations. Il était 22H passés, mais John devait encore être dans son bureau. Elle l’appela sur sa ligne directe et lui dit qu’elle avait de très bonnes nouvelles à lui annoncer. Il l’enjoignit à monter le rejoindre.

Sanglée dans son tailleur rouge vif, elle fit une entrée triomphale dans le bureau de Goodman. Elle avait pris soin d’imprimer les documents pour lui faire un topo de la situation. Comme à son habitude, Meredith lui expliqua seulement les faits et le laissa en tirer les conclusions. Ce dernier parut affolé par ce que Meredith laissait sous entendre.

  • Vous voulez dire que nous contrôlons les productions de … tout !

  • Quelques secteurs nous échappent encore, comme l’huile de baleine le lait de noix de coco, mais en substance, oui.

Jonh Goodman se leva précipitamment et se servit un verre de whisky 30 ans d’âge bien tassé qu’il avala d’une bruyante gorgée.

  • Annulez tous ces ordres de transfert.

  • Mais …

  • Réalisez vous les conséquences que cela implique ? Nous devrons changer de métier. De banquier, nous passerions gestionnaire omniscient. Nous aurions un monde à gouverner et l’argent importerait désormais peu, vu que nous en fixerions nous mêmes sa valeur !

  • Je ne peux pas vous laisser dire cela. D’ailleurs, il est déjà trop tard, nous sommes propriétaires à l’heure qu’il est.

  • Et bien vendez ! Nous n’avons pas vocation à jouer les nourrices pour ce tas d’attardés, nous les exploitons seulement.

Meredith se rapprocha et lui opposa un sourire carnassier.

  • Nos pertes seront considérables. Nous avons ruiné tous les acheteurs potentiels.

  • Je ne veux pas que la GS soit responsable de tout le merdier que nous nous sommes efforcés de répandre ! Qui est au courant de cela ?

  • De la globalité des opérations ? Vous et moi. J’ai pris soin de tout cloisonner et personne ne peut remonter jusqu’à la GS.

  • Votre ambition et votre savoir-faire m’impressionneront toujours. Quel besoin aviez vous de faire cela ? Il est hors de question que nous soyons impliqués plus que nous le sommes aujourd’hui. Pas tant que je serai le directeur.

Une flamme s’alluma dans les yeux de Meredith. Les bureaux étaient maintenant déserts, elle avait pris soin de renvoyer tous les employés qui trainaient encore dans les locaux. A chaque entrevue, Goodman désactivait le système de surveillance de son bureau. Rien ne sortirait de cette pièce.

Meredith tenta une nouvelle approche. Elle vint se plaquer contre le directeur et lui caressa le torse.

  • Enfin, mais que faites-vous ?

  • Laissez vous faire John, lui susurra-t-elle à l’oreille.

Suivant des instincts insoupçonnés, elle le mordit férocement à la jugulaire. Un flot de sang emplit sa bouche tandis que le directeur de la toute puissante GS hurlait sa souffrance. Elle ne lâcha pas l’étreinte malgré le liquide qui l’inondait maintenant et une vague de plénitude commença à l’envahir. John Goodman était maintenant pris de convulsion mais ils restaient soudés dans cette étreinte mortelle. Meredith desserra enfin les dents et laissa le corps vide et inanimé de l’ex directeur tomber à terre. Il ne serait plus un obstacle à ses plans. Elle devenait la femme la plus puissante du monde et n’aurait de compte à rendre à personne désormais. Du haut du 125ème étage, le règne de Meredith ne faisait que commencer.

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