La Folie

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Quand tout devient trop noir, il ne me reste qu’une échappatoire. Quand je me sens trop seul, le silence de mes pensées accompagne mes divagations. Je m’abandonne alors en de singulières rêveries, où la Mort n’est que mon fidèle lieutenant. Mon ombre grandit, devient géante et prend le pas sur la réalité. Je mène des batailles et les domine de toute ma hargne, j’écrase de tout mon poids ces contraintes qui me liquéfient et une armée invisible de morts vivants se dresse, portant haut mon étendard barré d’une faux et répandant un souffle de démence sur son passage. Nous marchons et mettons à feu et à sang les villes où les esprits endormis se gargarisaient jusqu’à maintenant de leurs risibles exploits d’exploités, nous brisons les chaines des convenances et répandons l’anarchie. Les pulsions les plus répugnantes se font enfin jour, dans une avalanche de violence et de lubricité. Les femmes abandonnent ce semblant pudique et deviennent succubes, prêtes à toutes les dépravations pour assouvir leur désir de domination. Elles n’hésitent pas à tuer lors d’accouplements sauvages, elle laissent libre court à leurs fantasmes les plus fous. Lors d’homériques orgasmes, elles mutilent mortellement leurs amants et les contemplent dans leur agonie. Les hommes ne sont pas en reste et la folie se lit dans leurs yeux. Ils tranchent, frappent, violent sans distinction de sexe ni d’âge, s’adonnant à d’innommables libations, se délectant des yeux et des langues de leurs proies. Il n’y a ni camp ni alliance possible, chacun frappe, révélant là sa véritable nature et, poussés par nos terribles maléfices, les enfants se joignent au massacre. Ces adorables bambins se révèlent les plus cruels de tous, usant de leur charme pour attirer et désarmer leur victime avant de les achever dans d’atroces souffrances. Le chaos règne en maitre et j’en suis le principal instigateur.

Lorsque j’ordonne à mes troupes de se retirer et de cesser leurs atrocités, les survivants, hébétés, ne peuvent que constater les dégâts et s’interroger sur les raisons qui les ont poussés à se massacrer. Aucun d’entre eux n’ose affronter la vérité de façon frontale et se dire que seule la véritable expression de leur nature, sans se soucier le moindre instant des conséquences, les a poussés à s’affronter hideusement et à recourir aux ruses les plus sournoises pour massacrer leur prochain qu’ils prétendaient aimer. Je me repais de leur culpabilité, arpentant, anonyme, les ruines que sont devenus leurs belles avenues et maisons. Mais cette satisfaction n’est que de courte durée quand je sens l’hypocrisie et l’envie poindre à nouveau parmi eux, et la rage m’enflamme et me consume. Nul besoin de recourir à mes terribles aides que sont la discorde et la folie meurtrière, je me charge moi-même de punir ces chiens qui sont censés être mes frères. Je pourfends cet amas d’égoïsme, de désir de domination et de bêtise de ma lame vengeresse, tuant sans vergogne ni discernement. L’affolement et l’incompréhension de mes gestes accompagnent mes pas et je ne laisse aucun répit ni fuite possible à mes victimes expiatoires. Seul un vaste champ de désolation s’étend derrière moi, ma justice n’a eu que trop facilement raison d’un semblant de résistance face à ma volonté.

Je reprends conscience longtemps après ces ignominieuses images de violence, épuisé. Blotti au fond des draps de mon lit défait, transpirant et haletant, j’ai l’impression d’avoir livré moi-même cette inconcevable bataille. Des spasmes me font souffrir le martyr, des remontées incessantes de bile me déchirent l’estomac et le larynx. Mon sexe est douloureusement gonflé de sang et je me masturbe, entrecoupant mes gestes de sanglots éperdus. Au bord de l’orgasme, je me retiens et mords le matelas de toutes mes forces, pleurant maintenant toutes les larmes de mon corps. Mes pensées sont encore tournées vers ce dégoût qui alimente mes rêves sordides, toujours engoncées dans cette indicible noirceur, la lumière se refusant à mes yeux. La peur et l’angoisse alimentent cette érection insensée et je ne veux me satisfaire ainsi. Ma verge est agitée de soubresauts et, de dépit, je m’enfonce deux doigts dans l’anus. Je reprends mes mouvements frénétiques de va et vient pour soulager ma peine et je jouis involontairement tout en exhalant un triste râle de soulagement. Un brusque flash m’éblouit, mes sécrétions se mélangent et se confondent, mon esprit tombe enfin dans une apathie salutaire. J’accuse et je maudis mes amours déçus et infructueux, mes espoirs à jamais perdus et ma solitude triomphante. Dans un sursaut de clairvoyance, je sais que je hais, que je me hais. Ma chair meurtrie ne trouvera de répit dans ces actes solitaires et avilissants, les seuls à même de canaliser momentanément cette folie qui me guette et qui m’emportera au delà des limbes. Cette folie qui me tuera, je l’espère, le plus lentement et le plus douloureusement possible, me faisant par là même l’antithèse du Christ et qui m’élèvera en prophète des temps modernes.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. JadeSavage dit :

    Trop frustrée, pour moi c’est celui-là le meilleur et y’a aucun commentaire…

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