Humide été (4)

    C’était un sacré bordel, Cédric avait vu juste, tout le village était réuni pour faire ses emplettes. Le rayon alcool tant convoité se trouvait dans le fond du magasin, il bouscula sans ménagement les autres clients en leur baragouinant des insultes afin d’y parvenir le plus rapidement possible. Il sentait peser sur lui ce regard habituel de méfiance mêlé de mépris mais il n’en avait jamais eu autant rien à foutre ! Il aperçu enfin les packs, se dépêcha d’ouvrir le premier venu et fit tomber deux bouteilles qui éclatèrent sur le sol carrelé. C’était de la 1664, les pieds dans le verre et le breuvage gâché, il en décapsula une troisième avec les dents. Il l’a bu d’une traite et bien qu’elle fut tiède, il eut la sensation de la savourer. Partant pour une deuxième, il remarqua et se réjouit d’être absolument seul au milieu de tout ces litres d’alcool. Sa vessie le démangeait encore, il hésita à peine avant de prendre un malin plaisir à uriner sur les bières sans alcool qui se trouvaient au bas des étales. Elles n’avaient rien à foutre là les Buckler, rayon sodas à la rigueur ! Ça fera une bonne surprise pour les trous du cul qui achètent cette triste pisse, double ration !

    Finissant de se soulager bruyamment, il constata que la brochette de gendarmes de l’entrée se tenaient à présent à quelques mètres de lui et le fixait méchamment. « Fini la bronzette, mes poulets ? Vous venez boire un coup ? ». Cédric s’attendait à se faire arrêter ou au moins à se faire rabrouer un poil mais les représentants de l’ordre ne mouftèrent pas. Derrière eux naissaient un attroupement de curieux. « Et bah les cons, on peut plus pisser en paix dans ce pays d’merde ? » provoqua-t-il en postillonnant. Les gendarmes avançaient maintenant prudemment vers lui, poussés par la petite foule grossissant sur leurs talons. Voulant s’éclipser, Cédric constata que l’autre côté du rayon était également obstrué par le même genre de horde hostile. Il reconnut des gens du village en première ligne, des gens qui lui en voulaient particulièrement. Mathilde tout d’abord, une ancienne copine qui lui faisait la gueule depuis des années à cause d’une pathétique histoire d’incompréhension textoïdale. Elle n’avait jamais voulu s’expliquer de vive voix mais ne s’était pas gênée pour allègrement baver sur son dos. Plus courageuse cette fois-ci, elle mit son art en pratique en lui crachant un épais glaviot dans l’œil gauche après avoir reniflé un grand coup. « Bien visé ma belle, sans rancune ! », il n’eut pas le temps d’entendre l’insulte retour qu’il se prit un kiwi dur comme le bois en pleine tempe, « Tiens ordure ! Pour tes ordures ! », son gros beauf de voisin avait lancé fort et juste, surement un fan de base-ball ou un joueur de pétanque ! Des deux côtés maintenant, il lui semblait que tous les villageois se resserraient autour de lui en le couvrant d’injures plus ignobles les unes que les autres, ça ne lui déplaisait pas tant que ça. Il vit les trois gendarmes, matraque au poing, ouvrir une brèche et inviter la foule haineuse à l’attaquer. Il cassa deux bouteilles sur le rayon et moulina comme il put pour tenir éloigné et taillader tous ces enculés qui ne lui avaient même pas laissé le temps d’écluser sa deuxième seize !

    « Fils de pute !», «Enflure !», «Assassin !», «On va te crever !», il encaissa ces offenses risibles et quelques coups mais la précipitation de ses assaillants et l’étroitesse de l’allée lui permit d’ensanglanter un peu ses tessons tranchants. Une voix de baryton l’interpella du dessus : « C’était la boulette de trop dans mon jardin, connard ! ». Il eut à peine le temps d’entrevoir le chef de famille Gautier, perché en haut du rayon, lui balancer un gros pack de vingt-quatre directement sur la tronche.

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