Humide été (2)

   Après avoir difficilement slalomé à travers l’immense bordel stagnant dans son salon, Cédric parvint enfin à sortir de chez lui, chargé de grands sacs plastiques remplis de détritus et de bouteilles vides. Il vivait dans une maisonnette de plain-pied donnant directement sur la route nationale qui traversait le village. Il abandonna tout naturellement les ordures sur le pas de la porte de ses abrutis de voisins. La dernière fois qu’ils avaient sonné chez lui afin d’avoir une explication sur cette fâcheuse manie, il s’était contenté de les insulter sans leur ouvrir. Le chef de famille avait poliment répondu qu’il appellerait la police à la prochaine récidive. Ça le faisait bien rire, un bail que les flics du coin n’osaient même plus l’approcher ! Quand quelqu’un osait lui manquer de respect à la manière dont lui se le permettait si souvent, il n’hésitait pas à lui rentrer dans le lard, à main nue ou avec ce qui lui tombait dedans. Les gens n’avaient donc plus aucune fierté…

    Il fallait une bonne demie-heure pour rejoindre à pied le supermarché, il avait pris la dernière mousse pensant pouvoir se rafraichir un peu sous l’assommant soleil. Il l’a bu d’un trait avant de se mettre en route d’un pas nerveux et légèrement chancelant. La ville était déserte, très étonnant pour un après-midi de Juillet, surtout un samedi. Il y a une semaine, lors de son dernier ravitaillement, des paquets d’enfants zigzaguaient sur leurs vélos comme des nuées de moustiques et leurs grands-frères paradaient en scooter comme de grosses mouches à merde. Étrange silence vraiment, aucune famille obèse ni de jeune couple idiot entrain de s’extasier sur le temps magnifique et la réouverture de la piscine municipale. Ils devaient tous y être ces cons, à moins qu’ils ne soient justement au supermarché pour s’acheter des maillots de bain.

    Sa vessie le pressa de nouveau et il se précipita d’uriner à même le trottoir cabossé en manquant de peu de s’en foutre plein les guibolles. Cette déshydratation forcée accumulée à la forte chaleur l’avait quelque peu sonné, ses oreilles bourdonnaient. Il apercevait enfin le parking du supermarché, totalement bondé. Il se retourna en entendant les premiers bruits significatifs depuis qu’il était dehors : des petits clapotis. Dans la flaque jaune qu’il venait de commettre, un minuscule clébard pataugeait joyeusement, semblant trouver confort et rafraichissement dans la pisse houblonnée. Si l’infâme bestiole était apparue un peu plus tôt, il aurait pu se soulager dessus et s’amuser un peu ! Peine perdue, avec un tel cerveau de moineau, le toutou semblait prendre un malin plaisir à s’humilier lui-même tout en le narguant de ses insignifiants aboiements. La contrariété de Cédric bouillonnait déjà comme ce foutu soleil, il n’allait pas se laisser emmerder plus longtemps par cette saleté de yorkchiure !

À suivre…

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. petrucciu dit :

    Putain de yorkchiure ! C’est le chien de ma mère, je le reconnais à sa couette !

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