Le Couple

Cette fois, c’est la guerre ! Ah la garce, elle l’aura bien cherché ! Elle me regarde encore avec ses grands yeux aux iris flamboyants, assise là, sur le canapé. Je ne peux plus l’encadrer, encore en train de courber l’échine à mes invectives. Une demi-journée qu’elle me harcèle, une demi-journée qu’elle m’en fait voir de toutes les couleurs ! Je vais te le faire passer, moi, ton caractère versatile ! Elle a beau essayer de m’amadouer avec son nez retroussé et son air de jeune première, ça ne marche pas. Elle se prend pour une véritable vedette, le centre du monde, mais hélas ! elle n’a aucun talent. Sa voix est misérable, chevrotante, son jeu pathétique. Ah non, mais quelle actrice j’ai là ! Et quand elle se rend compte que ses artifices sont sans effet, elle minaude et me laisse l’admirer sous toutes ses coutures, elle tourne et retourne sur elle-même, cherchant la plus avantageuse des positions. Je m’efforce pourtant de la contenter, la traitant comme une coquette du 19ème. Je la sors fréquemment, je lui sers les mets les plus fins, j’essaye de lui faire la conversation mais elle manque cruellement de répartie. Après certaines de nos disputes, je l’entends pleurnicher à ma porte, mais fière elle n’ose l’ouvrir et attend que je fasse le premier pas. Je n’ai jamais supporté les complaintes, je finis toujours par céder et elle en profite alors pour prendre possession de ma chambre. Elle fouille partout, jusque dans mes placards, triture mes sacs et mes habits, commente ses trouvailles et je ne lui dis rien. Ce ne sont pas des manières avec les petites capricieuses. Trop gentil, je suis désespérément trop gentil. Encore tout à l’heure, elle a fait demi-tour sans raison apparente alors que je l’amenais spécialement dans le jardin. Heureusement que le carrosse n’était pas attelé…. Puis ce fut le tour du repas, elle l’a à peine picoré avant de le dédaigner. Mais qu’est ce que je dois faire avec cette satanée précieuse ? Elle profite du moindre moment d’inattention pour filer de son pas léger et revenir me troubler quand je ne l’attends plus. Parfois, j’ai l’impression qu’elle me suit, qu’elle m’observe, prostrée, invisible dans un coin de l’appartement, guettant mes moindres faits et gestes. Je ne sais pourquoi elle agit de cette façon, mais elle aime également surveiller l’agitation qui règne dans la cour de l’immeuble.
Je l’ai toujours dans les pattes mais je ne dois pas l’effleurer ni faire mine de m’en préoccuper. Elle m’a griffé jusqu’au sang alors que je voulais simplement la toucher, elle a même essayé de me mordre ! Est-ce que je lui inflige de pareils traitements quand elle vient me voir ? Je la repousse quand elle s’allonge sur moi et qu’elle émet de petits grognements de plaisir, affamée de volupté ? Je la vire de mon lit quand elle se couche, complètement impudique, en travers de mes draps, attendant que je plonge ma main sur son doux ventre ? Hein ? Mais ça, je n’y ai droit que quand nous sommes tous les deux, en société Mademoiselle joue les frivoles. Hautaine et aguicheuse, elle marche de façon suggestive, les hanches en cadence et se laisse facilement séduire par un mot doux, une main avenante. Et moi, elle m’épie quand je téléphone et m’interroge du regard avec insistance quand je m’apprête à sortir. J’en ai vraiment trop enduré. Une bonne fessée, voilà ce qu’elle mérite, mais je me refuse à employer de tels moyens. Elle irait se plaindre et fini les caresses. Aaaaaah ! Elle recommence ! Elle me fait part de ses récriminations, mais j’y entrave que dalle ! Tu vas articuler oui ? Je dois m’en débarrasser pour la journée, j’ai des textes à écrire, une œuvre à bâtir, pas le temps pour les petits plaisirs. Elle recommencera demain, le même cirque, les mêmes simagrées, mais que je puisse avoir au moins quelques heures de tranquillité… Je vais la virer d’ici, qu’elle aille prendre l’air toute seule et me foute la paix. Il n’y a malheureusement qu’un seul stratagème à employer, la raisonner est inutile. Elle va en avoir la peur de sa vie, mais bon dieu que c’est justifié ! La fenêtre est ouverte, elle pourra toujours fuir par là. Nous ne sommes qu’au premier, elle ne va pas en crever. Elle doit comprendre qu’on ne se moque pas impunément de moi et de ma fierté de mâle. Et maintenant, l’instrument de torture, une des plus belles inventions de l’électroménager, la hantise de ces demoiselles, l’aspirateur ! Aha, même pas le temps de le brancher qu’elle a déjà sauté ! Saloperie de chat !

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. petrucciu dit :

    Ta chatte est rasoir.

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