Petit traité de bonne humeur

Je grandis. Je sens que je grandis. Non sans déconner, je ne me laisse plus berner par les discours réprobateurs de tous les pseudos prêcheurs qui m’entourent.
Et oui toi mon pauvre ami qui a lu tant et tant qu’on peut pas te la faire, à toi. Tu te refuses à être abusé, lésé. Tes camarades d’infortune se font pigeonner car bien plus crédules que toi qui a les sens en alerte.
Et toi là-bas à l’œil humide et la tête penchée avec commisération, qui plaint ton prochain car celui-ci est idiot, individualiste et n’est pourtant qu’un mouton dans le troupeau que tu analyses avec ton œil bienveillant. La réalité s’impose à toi avec tant de violence que tu souhaiterais parfois être aussi bête que ces nuées d’ovins. Eeeeet oui, Bienheureux sont les Ignorants. Tu le sais toi.
Heureusement on peut compter sur vous, Ô Hommes Sages, car dans votre grande mansuétude vous allez vous battre pour nous autres grouillots, objets de la manipulation des vilains. Non ? Ah ben oui être révolté c’est bon pour les masses quoi, vous vous êtes dégoutés, aigris ; faut dire vous en avez vu des sales trucs dans votre vie, z-êtes presque des vétérans, des birbes quoi. Et quand on est si bon on part pas en croisade contre les vicissitudes de la vie autrement que sur le papier (ou le clavier).
Alors vous écrivez des pages et des pages où la misanthropie valse gaiement avec l’aigreur… Parce que le bonheur c’est pas pour vous. Vous savez trop vous-aut’ que la vie coûte trop cher pour songer un instant à ces fadaises du bonheur. On vous en veut, à vous, à votre porte-monnaie et vous passez déjà trop de temps à devoir regarder sans cesse derrière votre épaule.

ImageBen oui mais bon, il ne faut pas se leurrer, le propre de l’homme c’est bien de vouloir être heureux. L’Homme, espèce primaire qui comme tout être vivant n’existe que pour se conformer aux principes fondamentaux de la vie sur terre : se nourrir, se reproduire. Oui mais voilà, nous on veut le faire en étant heureux, on ne souhaite pas être rabaissés à nos instincts.
Manger ? Oui mais le faire bien, on ne va pas bouffer inlassablement, chaque jour, les mêmes croquettes Purina One Poulet-Riz. On veut faire danser nos papilles, libérer de l’endorphine en quantités industrielles. On veut de la variété, des saveurs exotiques et des Omega 3 en pagaille. Alors pour ça on doit rentrer dans le moule, travailler. Et ça aussi faut le faire bien, on a besoin d’aimer ce qu’on fait, de se sentir valorisé. Alors comme on n’a pas tout ce qu’on veut et ben on rouspète, contre les patrons, les grosses compagnies et j’en passe. Et surtout, avant tout, on rigole de ses pairs quand ils ont le malheur d’être bons vivants et de se satisfaire de ce qu’on leur offre : Les naïfs !
Tout cela pour finir par aller chez Monop acheter du chocolat du Ghana et de la vanille de Madagascar.
Se reproduire ? Oui mais avec l’âme sœur, en prenant son pied en missionnaire. On ne choisit pas notre partenaire car il a « un bon patrimoine génétique », ben non, on le choisit car il est beau, grand, fort et pas trop débile. Ben oui, somme toute c’est kif-kif. Alors il faut humaniser tout ça : il a de la beauté intérieure, il « m’fait rire »…. Mais comme on a pas tout ça et ben on ronchonne. Et on fait de grand réquisitoires anti-Meetic et autres procédés d’amourettes digitales parce qu’il faut bien en vouloir à quelque chose alors que finalement on s’en fiche pas mal.

Oui mais du coup… on peut dire que leurs efforts pour être heureux sont l’affaire de toute une vie alors pourquoi les gens sont-ils si maussades ? Pourquoi le regard se détourne-t-il systématiquement de ce qui va bien pour se poser sur ce qui ne va pas ? Peut-être justement parce qu’à force de trimer pour elle ils ont oublié que c’était ÇA la base de tout : la quête du bonheur. On a finit par croire que ce qu’on cherchait c’était une bonne situation mais finalement on s’en fout de ça, tout ce qu’il faut c’est être capable de s’arrêter un jour et de se dire « Mais au final qu’est ce qu’il me faut pour être heureux… avoir plus de fric que j’en aurai jamais besoin ? Envoyer le gosse à Normal ?».

Je ne dis pas qu’il y a une recette miracle pour être heureux et vivre par conséquent sereinement sa condition d’humain lambda ; mais en tous cas il est clair qu’avant de monter vers la lumière il faut commencer par ressortir de la décrépitude de l’Enfer de Dante dans lequel on pense être plongé pour au moins rejoindre le plancher des vaches. Car oui, je l’avoue aujourd’hui, je suis fatiguée d’entendre jour après jour les gens exhaler leur peine ou leur haine sur de faux problèmes ou refuser de voir le bon côté de la vie. C’est violent, mais bon sang, ce n’est qu’affaire de bon sens, de bon vouloir ! L’optimisme n’est pas un attribut des idiots ! « Bienheureux sont les ignorants » Laissez moi rire ! Les ignorants seraient ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et c’est ce qui les rendrait heureux ? Non non  ils vivent, point barre. Savent-ils seulement s’ils sont heureux ou non ? Et les ignorants c’est lesquels au fond ? Bienheureux sont ceux qui savent que le bonheur ne  se cache ni dans les pages de l’International Herald Tribune ni dans celles de Cosmo mais bien dans l’acceptation des petits plaisirs du quotidien.
Me suis-je déjà sentie aussi heureuse qu’en éclairant la journée de quelqu’un par un service ou un simple sourire ? Qu’en voyant à mon réveil qu’il neige à gros flocons et que tous les toits sont recouverts d’un manteau tout blanc ? Qu’en mangeant une tomate-sel en haut d’une colline au coucher du soleil ? Qu’en regardant une voute étoilée libérée de toute pollution lumineuse un soir d’été ? Qu’en faisant un câlin à quelqu’un que j’aime ?  Non je ne crois pas. Désolée pour cet inventaire de lieux communs ça semble absurde et pourtant ce n’est que sincérité.
Et oui, discours ultra simpliste que le mien : je le dis et l’assume, vous voulez être heureux soyez sympathique ! C’est la science qui le dit, pas moi : «faire preuve de bonté renforce le système immunitaire et être généreux libère les endorphines». Vous voulez être heureux soyez simples en définitive.

ImageAlors moi je dis que merci bien, les discours désabusés et autres apologies du mouron y en a marre. Je ne parle pas de faire des éloges interminables sur la beauté de la vie et les bosquets de bleuets. Je parle d’arrêter de cogiter quand ça ne sert à rien, et d’accepter de voir la vie du bon côté. Je me souviendrai toujours de ces petites phrases que j’ai lues il y a très longtemps, je ne me souviens même plus où. Peut-être même était-ce des vers… enfin bref ça fait un bail quoi. Ça disait que si tu n’arrives pas à chasser ta mélancolie il suffisait d’ajouter quelques petites choses qui redonneraient de jolies couleurs au quotidien. Passer devant le miroir et se sourire ; pas parce qu’on se trouve beau mais parce que ça fait plaisir d’être là et de se voir. Prendre une pomme, la frotter jusqu’à ce qu’elle brille et admirer ses reflets avant de croquer dedans. De l’ivresse simple et tout ce qu’il y a de plus terre à terre somme toute.

ImageJe n’ai pas toujours réussi à respecter ces quelques conseils ingénus mais si élémentaires, mais je m’y emploie. Parce que je pense que la réponse est justement dans ce qui est élémentaire. Car on n’est pas si compliqués que les cafardeux veulent bien nous le faire croire.
Alors pitié ! Cessons enfin de commander des soupes à la grimace par marmites, l’addition va être trop salée et tout le monde va finir par faire une indigestion… A nos bassines et après : hauts les cœurs !

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Bienvenue à toi, Buse Variable, et merci pour ton petit traité exemplaire !

    Certain qu’il en aidera plus d’un à renforcer leur optimisme et à apprécier enfin pleinement les petits plaisirs de la vie !

    Ne grandis pas trop non plus, tu pourrais te retrouver nez à nez avec le Géant Vert qui est le leader incontesté du bonheur conservé : http://www.ina.fr/pub/alimentation-boisson/video/PUB3784133131/geant-vert-mais-conserve.fr.html

    Maïs & Love.

  2. Stalagtilte dit :

    Bienvenue chère Buse, et merci pour ce petit traité. J’espère que d’autres articles suivront, malgré nos divergences.

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