Repentir

                Je me repens. Je me repens de tout le mal que j’ai pu occasionner et de toutes ces ignominieuses pensées qui ont un jour traversé mon esprit en y rencontrant un écho complaisant.

Je me repens de ne plus voter depuis la mascarade de 2002. Ma voix ne restera pas blanche lors des prochaines échéances, fini la lâcheté. Je vais enfin prendre mon destin en main et changer les choses en France en plébiscitant un véritable représentant du peuple, ni hypocrite ni marketing, non soumis aux lois de l’argent et à des influences étrangères, un être capable de fédérer sans démagogie ni manipulation. Je ne fus qu’un imbécile ces dernières années et je m’en rends compte maintenant. Le paysage politique est rempli de personnes louables, franches et désintéressées. Besson, Copé, Valls, Guérini, Lang, DSK; le choix est vaste et mon embarras demeure.

Je me repens de ne pas regarder la télé hormis le foot, assumant tout le côté beauf et machiste que ce sport véhicule. Je n’entr’aperçois ces émissions passionnantes sur les changements de sexe, ces documentaires haletants sur la seconde guerre mondiale et la bête immonde qui n’en finit plus de renaître, ces récits simples et efficaces sur le bonheur moderne d’une famille recomposée dans l’acceptation de l’homosexualité des géniteurs que lors du court zapping autorisé par la mi-temps. Drapé de mes certitudes, je n’ai ressenti que de l’ennui face à ces programmes broyant l’esprit critique, alors qu’ils ne véhiculent que des idées positives et permettent enfin de rêver à un heureux quotidien.

Je me repens de toutes ces mauvaises lectures qui m’ont déformées l’âme. Céline, Rebatet, Dostoïevski, Kafka, Kundera, Nietzsche, Schopenhauer mais aussi Montherlant, Baudelaire, Mathurin, Lautréamont, Artaud, tous ces livres qui ont su repaitre mon esprit tordu. Je n’ai été qu’un idiot de ne pas aimer les facilitées et les platitudes décrites dans les œuvres de Nothomb, Lévy, BHL, Comte-Sponville, Beigbeder, Khadra ou encore Duras, toute cette littérature prête à consommer et à oublier. Je me retrouve aujourd’hui rongé par des pensées qui n’auraient pas du effleurer mon cœur, tandis que leurs réflexions, leurs raisonnements, leurs évidences simplistes me laissent de marbre.

Je me repens de ne pas être féministe alors qu’un homme est en tout point similaire à une femme. Cette dernière est mon avenir et je voudrais qu’une enragée intellectuelle et opportuniste telle que Caroline Fourest ou Isabelle Alonzo  me fasse un enfant.

Je me repens d’être asocial et critique envers et contre tout. Tant d’échanges d’amabilités, de discussions convenues, de rencontres sans intérêt m’ont ainsi échappé. Je gagnerais surement à être  plus ouvert et affable, proches de prosaïques préoccupations; le temps qu’il fait, les derniers cancans, la crise expliquée aux nuls, la faconde de mon interlocuteur. Ma tendance à n’entendre que d’une oreille certains récits futiles ne m’a joué que trop de tours.

Je me repens d’avoir rejeté l’image d’une vie réussie et d’avoir eu l’orgueil d’écouter mes aspirations sans tenir compte du quand dira-t-on. Le vie parfaite et pas du tout formatée que nous confère l’idéal moderne doit me pousser à réprimer mes révoltes et à tout accepter. Être exploité ne devrait pas me poser de problème. Mon épanouissement est assuré par mon activité salariée  débilitante et la consommation qui en découle.

Je me repens d’avoir insulté et haï la plupart de mes proches, à haute ou inintelligible voix. Je dois me fondre dans leurs délires et leurs désidératas sans me poser de question et exprimer un profond enthousiasme sous peine de passer pour taciturne et mélancolique.

Je me repens de me repentir en affichant ainsi mon orgueil et mon mépris. Tous ne courent qu’après le conformisme confortable d’une vie bourgeoise stable et sans surprise. Autant avouer ma défaite et me tenir à l’écart des jugements expéditifs. Je ne veux ni la gloire ni la reconnaissance et je continuerai à renâcler mes désuètes frustrations.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. lolo dit :

    Bon, à vrai dire, j’ai un peu de mal à me remettre du texte de Palahniuk. Pour tous les gens sensibles des intestins comme moi, c’est un calvaire d’atteindre la fin du récit. Concernant ton texte, tu as une bonne base. Je pense qu’il faut aller plus loin dans l’imprécation, ne pas hésiter à répéter certains faits pour mettre en relief l’indigence de notre société et l’écoeurement qui en découle. L’écrivain qui a parfaitement maîtrisé cette démarche, c’est Thomas Bernhard. Tu finis par vomir en même temps que lui car ces textes sont aussi nauséeux que ce qu’il dénonce.

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