Salon Saveurs salées au porte-monnaie

3 Décembre 2012, l’hiver s’installe doucement sur Paris. Période de préparatifs pour Noël des repas pantagruéliques et des cadeaux. Quoi de mieux alors pour des parisiens en quête de terroir, de fraîcheur, de tradition que le salon Saveurs des plaisirs gourmands Porte de Champerret?

     Au programme: produits du terroir, vins fins et dégustation « avé l’acent ». Les provinciaux sont à l’honneur, il ne faut pas décevoir. C’est également l’occasion rêvée d’arrondir à la hausse le chiffre d’affaire et d’attaquer sereinement la période des fêtes. Hors de question de brader les prix, bien au contraire. Enfler ces péquenauds de parisiens en proposant du safran du Gers ! Des bretzels à 2€ pièce ! Du vin que l’on n’achète que par caisse et à un prix exorbitant (près de 10€ d’écart par bouteille avec les prix sur internet) ! Il faut convaincre le chaland qu’il vient de réaliser une bonne affaire. Alors, que proposer de plus ? De la saucisse de Toulouse sans trop de poivre, cela pourrait heurter le palais de ces néophytes de la gastronomie, sans doute trop habitués à des produits fades et sans saveur. Du jambon basque mais qui ne vient pas du pays basque. De la vodka ! Oui, la culture de pommes de terre moldaves fait partie du terroir français. Surtout, ne pas négliger de faire goûter tout type d’alcool, pour désinhiber le porte-monnaie et embrouiller les goûts. Mais pas de gaspillage, les dégustations doivent être rentabilisées. Créer une ambiance bonne enfant, simple et conviviale, décomplexer l’achat terroir en vantant les mérites d’un savoir-faire si peu industrialisé et encore artisanal. Faire sentir au public qu’acheter des produits 1/3 au dessus de leur valeur marchande locale est après tout normal. Que voulez ma petite dame, c’est la crise. Vous me la prenez cette caisse de vin à 350€ ? Nos régions ont du talent et la qualité se paye comptant.

     Concernant le public sans qui cette mascarade serait impossible, on trouve de tout. Du parisien label bio qui revendique son bien-vivre aux grands-mères soucieuses de retrouver les saveurs d’antan et d’en faire profiter leurs petits-enfants. Quelques personnes avinées après de bonnes « dégustations », des pigeons, des bon vivants et des curieux. Ce genre de manifestation attire toujours les mêmes foules, des gens aisés pour la grande majorité d’entre eux. Sans invitation (disponibles dans le Figaro, faut pas se leurrer), il faut payer 9€ pour accéder au Graal et beaucoup plus pour obtenir le tampon Noël tradition. Grâce à un savant mélange d’originalité (de la bière bretonne, très bonne au demeurant) et de tradition (foie gras, huitres, saumon, champagne), les exposants font perdre leurs repères au public croyant échapper ici au conformisme et retrouver des valeurs oubliées depuis leur domiciliation à proximité des périphériques. Des gens qui finalement ne cherchent qu’à renouer avec une vie plus simple, asphyxiés qu’ils sont par les turpitudes de la capitale. Le tout dans l’aseptisation de l’espace Champerret ! Les exposants ont bien compris les aspirations de ces parisiens en quête de terroir, et certains vont jusqu’à adopter l’attitude dite du « marché », à alpaguer le chaland avec toujours cet accent et cette bonne humeur qui caractérisent si bien le jovial provincial ! Il n’était pas non plus rare de remarquer la gêne des producteurs devant l’incrédulité et l’ignorance de clients potentiels. Quand ce n’était tout simplement pas de l’énervement devant une personne récalcitrante à payer le prix fort après 10 minutes de discussion et un verre de dégustation. La rivalité Paris-Province était palpable quoique larvée. Les affaires sont les affaires.

     Entre une naïveté quelque peu touchante de parisiens en mal de campagne et le cynisme raisonné et finalement raisonnable de provinciaux, il reste toujours les soi-disant dénicheurs de bonnes affaires, qui essayent de faire ami-ami avec les commerçants sans avoir compris qu’on la leur fait à l’envers. Pour ceux qui le souhaitent, la même manifestation a lieu la semaine prochaine Porte de Versailles. Il fera encore bon être un provincial à Paris !

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Pas si cher que çà, c’est TF1 qui le dit !

    http://www.wat.tv/video/salon-saveurs-avant-gout-reveillon-4l0gp_2i6xp_.html

    Non sans dec, hormis la charcuterie Lorraine (8 à 10% plus chère à l’étalage que sur leur site, ce qui reste compréhensible), en ce qui concerne les prix de mes autres achats sucrés et vins d’apéro, c’est équivalent…

    Je veux bien faire le critique culinaire si tu ouvres une section « Que choisir en bonne bouffe ».

    1. Santoni dit :

      Excellent! Paranoïa magistrale! Quelle lucidité sur toute cette mascarade bien de chez nous! Vive Paris! Vive la Province!

      Mais je n’irai pas au salon la semaine prochaine, car je dois d’abord rembourser ma banque…

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